Il a passé son enfance au-dessus de la caserne et des camions rouges, puis a passé vingt ans à monter dedans pour partir en intervention. Laurent Charraud quitte la caserne d’Argenton après un engagement profondément humain.
Il y a des parcours qui naissent comme une simple évidence. Pour Laurent Charraud, pompiers à Argenton pendant 20 ans, l’histoire débute au-dessus de la caserne d’Argenton-sur-Creuse. Littéralement.
Né en 1971, il grandit dans le logement situé juste au-dessus du centre de secours. Les allées et venues des véhicules, les visages familiers des pompiers, le bruit des sirènes font partie de son quotidien d’enfant. « J’ai vu la caserne grandir, comme moi », résume-t-il simplement.
En 2005, il est témoin d’un grave accident : un électrochoc
Bercé dans cette atmosphère toute particulière, il pense longtemps à en faire son métier. À 18 ans, l’idée de quitter le Berry pour rejoindre les pompiers de Paris lui traverse même l’esprit. Mais la vie en décide autrement. Il construit une carrière professionnelle à Châteauroux, s’éloigne un temps d’Argenton, sans jamais vraiment rompre le lien. Jusqu’au jour où tout bascule.

En 2005, Laurent Charraud est témoin d’un grave accident de la route. Il est là, sur place, impuissant. « Je me suis rendu compte que je ne savais pas quoi faire », confie-t-il. Ce sentiment de désarmement agit comme un électrochoc. Le soir même, il annonce à sa compagne sa décision : il entrera chez les pompiers. Sans hésitation. Sans que personne ne l’en empêche.
Recruté officiellement en octobre 2005, il est rapidement plongé dans le grand bain, appelé à la dernière minute pour une formation. Sa première intervention restera symbolique : un chaton coincé dans une cheminée. Une scène presque anodine, mais fondatrice. « On l’a sauvé », sourit-il. Le début d’un engagement qui durera vingt ans.
Il gravit tous les échelons
Volontaire, comme tous les pompiers d’Argenton. Une particularité presque unique pour un centre qui dépasse aujourd’hui le millier d’interventions annuelles. Laurent Charraud le dit sans emphase, mais avec fierté : « On est une anomalie nationale. » Une anomalie rendue possible par la solidarité, la disponibilité et l’attachement profond des femmes et des hommes à leur territoire.

Au fil des années, il gravit tous les échelons. Caporal, sergent, adjudant, puis officier. En 2021, il devient adjoint au chef de centre, fonction qu’il occupera jusqu’à son départ en ce début d’année 2026. Il aura connu trois chefs de centre, trois époques. Mais toujours le même fil conducteur : le collectif avant l’individuel.
Car chez Laurent Charraud, l’humilité n’est pas une posture. Lorsqu’on lui dit qu’il était un « pilier » de la caserne, il corrige aussitôt : « Je suis un maillon d’une chaîne. » Pour lui, rien ne se construit seul. Les anciens ont façonné le centre de secours, transmis des valeurs, une manière d’être. À la génération suivante de poursuivre l’héritage.
« Certaines interventions marquent une vie »
Des souvenirs, il en a beaucoup. Des bons, faits de camaraderie, d’entraide, de rires parfois. D’autres, plus lourds, qu’il préfère taire. Le secret professionnel, mais aussi une pudeur profonde. « Certaines interventions marquent toute une vie, je peux vous l’assurer », glisse-t-il simplement. Ce qui reste, surtout, c’est la solidarité. « Sur les différentes interventions, que tu sois proche ou non de la personne à côté de toi, tu fais le travail. Le reste disparaît. »
Cet engagement, il ne l’a jamais porté seul. Derrière chaque départ précipité, chaque bip qui interrompt un repas de famille ou un réveillon lors des fêtes de fin d’année, il y a sa famille. Son épouse Christelle, et ses trois filles. « Quand on s’engage chez les pompiers, on engage aussi ses proches. » Des sacrifices acceptés, partagés, parfois difficiles, mais toujours soutenus. Et souvent teintés de fierté.
Son départ, annoncé lors de la Sainte-Barbe, l’a surpris. « Je n’avais pas conscience d’avoir autant compté, c’était émouvant », avoue-t-il, presque gêné, tout en pudeur.
Un départ pour le Pays Basque
À 54 ans, Laurent Charraud ouvre une nouvelle page sans regrets. Une mutation professionnelle l’emmène vers le Pays basque, à Bayonne, pour de nouvelles responsabilités dans les espaces verts de la commune.« Je pars sereinement, avec le sentiment du devoir accompli. La bas, je vais habiter encore plus près de la caserne qu’à Argenton, mais j’ai décidé sincèrement de mettre fin à cette aventure des pompiers. »
Les sirènes se sont tues pour lui, mais les liens resteront. Alors aujourd’hui, il quitte un lieu qui, pour lui, n’a jamais été un simple centre de secours. C’était un morceau de sa vie. Un repère. Une véritable maison.



