À l’issue du premier tour des élections municipales à Argenton-sur-Creuse, Pierre Gentillet avait proposé un rapprochement à Jean-Baptiste Bouret. Une main tendue refusée. Dans un entretien accordé à Le Petit Argentonnais et dans une publication sur ses réseaux sociaux, le candidat assume une ligne claire : aucune alliance ne sera conclue.
Dans les heures qui ont suivi les résultats du premier tour à Argenton-sur-Creuse, Pierre Gentillet prend l’initiative. Arrivé deuxième avec environ 33 % des suffrages, il appelle publiquement à un rapprochement avec Jean-Baptiste Bouret.
Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Pierre Gentillet explique sa démarche en termes clairs : il dit avoir « tendu la main » parce qu’il estime qu’« il faut tout faire » pour proposer une union face au maire sortant, ajoutant qu’il avait même envisagé cette alliance « sur un pied d’égalité ».
Pour lui, cette proposition répond à une attente du terrain : il évoque des interpellations d’habitants qui, selon lui, appellent à un rassemblement des oppositions. « Avec 24% des suffrages, il est mathématiquement impossible pour cette seule liste de Jean-Baptiste Bouret de l’emporter face à Vincent Millan», a réagit l’équipe de Pierre Gentillet. Un choix qui met également cette même équipe dans une situation moins confortable à l’approche du second tour.
Une fin de non-recevoir immédiate
Mais du côté de Jean-Baptiste Bouret, la réponse est sans ambiguïté. Le candidat affirme ne pas avoir été contacté directement et évoque seulement des tentatives indirectes de l’équipe de Pierre Gentillet. Très vite, il ferme la porte à toute discussion, estimant qu’il n’y avait « rien à se dire » et que « chacun sa route, chacun son chemin ».
Dans son analyse, la question de l’alliance ne s’est jamais réellement posée. Il explique que son équipe « n’a pas du tout à s’allier avec des gens étiquetés à l’extrême droite », insistant sur une incompatibilité politique qu’il juge fondamentale.
Deux lectures opposées de l’épisode
Sur la manière dont les choses se sont déroulées, les deux candidats divergent. Jean-Baptiste Bouret considère ne pas avoir à répondre à une pression publique, rejetant l’idée même d’un ultimatum et affirmant ne pas avoir à « répondre à une injonction » venant d’un autre candidat. Pour rappel, Pierre Gentillet lui avait donné jusqu’à 20h, hier (le lundi 16 mars), pour prendre contact avec lui.
De son côté, Pierre Gentillet nuance cette interprétation. Il explique que ce qui a été perçu comme un ultimatum correspondait, selon lui, au calendrier imposé par la préfecture (la liste doit impérativement être déposée ce 17 mars avant 18h à la préfecture) , et non à une volonté de mettre la pression. Il reconnaît néanmoins que la réponse a été négative et affirme ne pas en être surpris, tout en regrettant l’absence d’accord.
Une fracture politique assumée
Au-delà de la forme, la rupture est d’abord idéologique. Jean-Baptiste Bouret revendique clairement une appartenance à la « droite républicaine classique » et trace une ligne de démarcation nette avec son adversaire, qu’il situe à l’extrême droite.
Dans cette logique, il considère qu’une alliance aurait brouillé le message politique porté depuis le début de la campagne et déstabilisé son électorat.
Pierre Gentillet, lui, conteste cette séparation. Il affirme au contraire que leurs positions sur les enjeux municipaux sont largement similaires, évoquant des convergences « à 90 % » sur des sujets comme la sécurité, la gestion financière ou les politiques locales.
Une confrontation aussi sur le terrain médiatique
La rupture ne s’est pas limitée aux échanges en coulisses. Sur ses réseaux sociaux, Jean-Baptiste Bouret a pris la parole pour affirmer sa ligne. Il y défend une « alternative crédible à la mairie actuelle », « sans compromis » et « apaisée », tout en critiquant une méthode politique qu’il juge trop agressive. Il rappelle notamment qu’« un vrai républicain ne pose pas d’ultimatum », inscrivant son refus dans une certaine conception de la vie politique.
En réponse, Pierre Gentillet dénonce une stratégie visant, selon lui, à détourner le débat de fond. Il estime que les attaques portées contre lui masquent une réalité politique différente et affirme que « tout ça est cousu de fil blanc », évoquant une volonté de diviser l’électorat de droite.
Deux stratégies pour le second tour
Au-delà du refus d’alliance, les deux candidats développent des approches différentes pour la suite.
Jean-Baptiste Bouret s’appuie sur son score du premier tour, rappelant que « 25 % des électeurs » lui ont fait confiance, ce qu’il interprète comme « un message clair et ferme » montrant que son équipe est « tout à fait envisageable pour être un jour à la tête de cette mairie ».
Il s’inscrit ainsi dans une stratégie de construction politique sur le long terme, cherchant à gagner des sièges à la mairie tout en cherchant à consolider sa place dans le paysage local.
Pierre Gentillet adopte une lecture plus immédiate du rapport de force. Il estime que l’élection peut se jouer à peu de voix et explique qu’il lui « suffit simplement d’avoir 200 voix » supplémentaires pour dépasser ses adversaires dans une triangulaire. Il considère donc que l’union aurait pu permettre une victoire dès ce second tour.
Une triangulaire aux équilibres incertains
En l’absence d’alliance, le second tour se déroulera à trois listes, avec également le maire sortant Vincent Millan.
Dans ce type de configuration, les équilibres restent ouverts. La division des voix peut jouer un rôle déterminant, tout comme la capacité des candidats à mobiliser et à convaincre au-delà de leur socle électoral.
De son côté, Vincent Millan a rapidement relancé sa campagne en vue du second tour. Dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, le maire sortant rappelle ses priorités pour les années à venir, mettant en avant la continuité de son action et les projets engagés pour la commune. Une prise de parole qui s’inscrit dans une stratégie de mobilisation de son électorat.
Une chose est désormais actée : malgré une tentative de rapprochement, le second tour se jouera sans union entre les deux candidats et pourrait rejouer le même scénario.




