Le violent incendie parti d’un champ Mosnay, samedi 4 juillet, a parcouru 127 hectares avant d’être fixé en soirée. Si une grange, une bergerie et plusieurs structures du championnat de France de dragster ont été détruites, les entreprises Glaude et Indraero, directement menacées par les flammes, ont été sauvées de justesse grâce à l’intervention des secours.
Lorsque le premier appel est donné samedi 4 juillet, rien ne laisse encore présager l’ampleur que prendra l’incendie. Parti d’un champ de chaume au lieu-dit Les Jabenots, à Mosnay, le feu progresse rapidement sous l’effet du vent et de la sécheresse.
Très vite, les flammes se dirigent vers Le Pêchereau. Sur leur trajectoire, se trouvent plusieurs habitations, dont les entreprises Glaude et Indraero, mais aussi le site du championnat de France de dragster, où près de 3.000 personnes, accompagnateurs, bénévoles et spectateurs assistent à la compétition. Pour les secours, les priorités changent immédiatement pour se diriger vers ces lieux menacés.
« Il y avait un danger réel sur ces usines et les habitations autour », explique le capitaine Frédéric Goes, commandant du centre de secours d’Argenton-sur-Creuse. « Plusieurs engins et des équipes ont été détournés vers ces lieux, qui sont devenus une priorité. Nous avons mis en place ce que l’on appelle une défense de points sensibles. Nous nous sommes détournés de certains champs pour aller défendre l’humain. » Une stratégie qui s’est révélée décisive.

« Sans l’intervention des pompiers, de nombreuses maisons et les deux usines qui emploient de nombreuses personnes auraient été atteintes voire détruites. Les flammes se sont arrêtées tout près des bâtiments. Quinze à vingt minutes plus tard, le site aurait été largement touché. »
« Hier soir, j’ai eu peur de ne plus avoir de travail. » Pour Audrey, salariée de l’entreprise Indraero, les flammes n’ont pas seulement menacé des bâtiments, mais aussi l’avenir de toute une entreprise. « On avait déjà subi des épreuves comme le Covid, puis la grêle en 2022. L’incendie aurait été la fin de cette entreprise », confie-t-elle, encore marquée par les événements.
Le championnat de dragster évacué en urgence
Alors que les secours défendent les entreprises et les habitations, une autre décision doit être prise : évacuer le championnat de France de dragster organisé sur l’aérodrome du Pêchereau. Vers 17 heures, les quelques 3.000 personnes présentes sur le site sont invitées à quitter les lieux. Les gendarmes et les organisateurs coordonnent cette évacuation pendant que les pompiers poursuivent leur intervention à quelques centaines de mètres.
Parmi les personnes présentes sur le site du Run Cap Sud, Johann Charpentier, bénévole de l’événement, raconte la rapidité avec laquelle la situation s’est dégradée.
« Au début, le feu se trouvait à quelques kilomètres. Avec les rafales de vent qui changeaient sans cesse de direction, tout a basculé en quelques minutes. Nous avions obtenu l’autorisation de poursuivre l’événement après avoir contacté les pompiers et la gendarmerie, mais moins de cinq minutes plus tard, le feu avait atteint les portes de l’aérodrome. Les flammes, hautes de plusieurs mètres, dépassaient les bâtiments. L’air était irrespirable à cause de la fumée et l’adrénaline était à son maximum. »

Le bénévole tient également à saluer la mobilisation des secours et des nombreux acteurs présents sur place. « Un immense merci aux agriculteurs, aux pompiers, aux gendarmes ainsi qu’aux bénévoles du Run Cap Sud qui ont réussi à évacuer les milliers de personnes présentes dans le calme et avec une grande rapidité. »
Cette opération complique le travail des secours, qui doivent à la fois lutter contre un incendie en pleine progression, sécuriser les axes de circulation et gérer les déplacements d’un public nombreux. Malgré tout, les flammes sont stoppées à quelques mètres seulement des deux entreprises.
Agriculteurs et pompiers côte à côte
Face à l’ampleur du sinistre, les agriculteurs du secteur répondent également présents. Tracteurs, tonnes à eau et outils de déchaumage viennent renforcer le dispositif pour tenter de ralentir le feu. La compagne de l’un d’eux raconte que tout commence lorsque l’épaisse fumée apparaît vers 16 heures.
« Un gendarme en civil a été prévenu et a appelé les pompiers, qui étaient déjà sur place. Environ une heure plus tard, mon compagnon agriculteur a été sollicité pour conduire un tracteur équipé d’une tonne à eau afin de protéger le secteur. »
Quelques minutes plus tard, il intervient directement au plus près des flammes.
« Vers 17 h 10, il a commencé à arroser le côté de la compétition du Run avant de venir me récupérer pour que je ne reste pas dans la fumée. Ensuite, nous sommes allés dans le champ en feu pour aider avec les autres agriculteurs qui déchaumaient et les pompiers qui intervenaient avec leurs lances. » Cette mobilisation collective contribue à ralentir la progression du sinistre dans plusieurs secteurs.
« Les pompiers ont sauvé notre maison »
Aux Gagnerons, entre Les Jabenots et l’entreprise Indraero, les habitants ont eux aussi retenu leur souffle. Frédéric, riverain du hameau, voit les flammes franchir la route de La Châtre avant de se rapprocher dangereusement de son habitation.
« Le feu a sauté la route de La Châtre. Vers 21 heures, les pompiers sont venus arroser les chemins le long de la maison, qui a pu être sauvée grâce à eux. Une maison abandonnée, juste à côté, a fini sous les flammes. C’était impressionnant. Les pompiers ont sauvé notre maison et celles d’à côté. » Son témoignage illustre la violence de l’incendie et le travail mené toute la soirée pour empêcher les flammes de gagner les habitations.
127 hectares parcourus, le feu désormais maîtrisé
Le bilan reste important. Au total, 127 hectares ont été parcourus par les flammes. Une grange de 100 m², une bergerie et plusieurs structures du championnat de France de dragster ont été détruites. Vingt moutons ont également été blessés et une personne a été transportée au centre hospitalier de Châteauroux.
En soirée, le feu avait été déclaré fixé. Ce dimanche, il est désormais maîtrisé. Deux engins du Service départemental d’incendie et de secours restent toutefois mobilisés pour assurer des opérations de surveillance et de noyage des derniers points chauds. À ce stade, aucune reprise significative du sinistre n’est redoutée.
Pour le capitaine Frédéric Goes, cette intervention restera marquée par un choix stratégique : privilégier la protection des vies humaines et des sites sensibles. Un choix qui a permis d’éviter que les flammes ne détruisent les entreprises Glaude et Indraero, ainsi que de nombreuses habitations, malgré un incendie d’une rare intensité.




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