Le 9 juin 1944, la division SS Das Reich fait 67 victimes à Argenton-sur-Creuse : récit d’une journée d’horreur et des raisons qui ont conduit au massacre

Le 9 juin 1944, Argenton-sur-Creuse bascule dans l’horreur. En quelques heures, 67 personnes perdent la vie sous les balles de la division SS Das Reich. Plus de 80 ans après les faits, une question continue de hanter historiens et habitants : pourquoi cette colonne allemande est-elle venue à Argenton ?

Trois jours après le Débarquement de Normandie, la guerre rattrape brutalement Argenton-sur-Creuse. Le matin du 9 juin 1944, les résistants locaux multiplient les actions contre l’occupant. Ils prennent le contrôle de plusieurs bâtiments officiels et, surtout, attaquent au lieu-dit du Petit Nice un train transportant de l’essence et des munitions destiné à l’armée allemande. L’opération est un succès mais provoque immédiatement l’alerte des autorités allemandes.

Au cours de la journée, plusieurs accrochages opposent également résistants et soldats allemands autour de la ville. Une voiture militaire est interceptée à Châteauneuf. Plus tard, des camions allemands arrivant du nord sont pris sous le feu du maquis. Mais ces événements suffisent-ils à expliquer la tragédie qui va suivre ?

Une colonne SS arrive en fin d’après-midi

En fin d’après-midi, une colonne d’environ 200 soldats de la division SS Das Reich arrive de Limoges. Les hommes se déploient rapidement dans la ville. Certains descendent l’avenue Rollinat et la rue Saint-Antoine, d’autres gagnent le quartier de Fontfurat. Les tirs éclatent presque immédiatement.

Des habitants sont abattus dans les rues, à leur domicile ou lors de leur fuite. Des femmes et des enfants figurent parmi les victimes. Plus d’une centaine de personnes sont arrêtées et prises en otage. Au total, les massacres du 9 juin 1944 feront 67 morts.


Pourquoi Argenton ?

C’est la question qui demeure aujourd’hui encore. Dans ses recherches publiées, Pierre Brunaud, argentonnais passionné d’histoire, rappelle que plusieurs hypothèses existent mais qu’aucune ne permet d’expliquer avec certitude la présence de cette unité SS à Argenton.

La première est liée aux actions du maquis. Les Allemands auraient été informés de l’importance de la résistance locale après les affrontements de la matinée et auraient envoyé une unité spécialisée dans les opérations de répression. Une autre piste concerne le train d’essence attaqué au Petit Nice. Pour certains chercheurs, il est possible que les Allemands aient voulu sécuriser ce convoi stratégique destiné à soutenir leurs forces qui remontaient vers la Normandie après le Débarquement.

Pierre Brunaud souligne également que plusieurs soldats allemands interceptés dans la matinée auraient pu transmettre des informations à leur hiérarchie avant l’arrivée de la colonne SS.

Des zones d’ombre persistent

Les archives et les témoignages montrent que la situation était particulièrement complexe. La compagnie se trouvait alors en Creuse et aurait reçu l’ordre de se détourner vers Argenton. Mais qui a donné cet ordre ? Pour quelle raison exacte ? Les chefs de la Das Reich à Limoges disposaient-ils d’informations précises sur les activités du maquis argentonnais ? Autant de questions qui restent encore aujourd’hui sans réponse définitive.

Dans la nuit du 9 au 10 juin, plus de 100 personnes sont retenues en otage. Le professeur d’Allemand à Argenton, Jean-Marie Cubel (Lothaire Kubel de son vrai nom) réquisitionné comme interprète, parvient à sauver plusieurs habitants en se portant garant de leur identité.

Le lendemain matin, une partie des prisonniers est emmenée vers Limoges. Plusieurs seront exécutés au nord de Limoges. Quatorze corps seront retrouvés dans les jours qui suivent. L’horreur commencée à Argenton ne s’était donc pas arrêtée aux portes de la ville.

Une mémoire toujours vivante

Chaque année, les cérémonies du 9 juin rappellent le souvenir des victimes. Sur le mémorial inauguré en 1947 figurent les noms des personnes tuées lors de cette tragédie. Plus de huit décennies après les faits, le devoir de mémoire demeure essentiel. Et avec lui, cette interrogation qui continue d’alimenter les recherches historiques : pourquoi Argenton-sur-Creuse a-t-elle été choisie ce 9 juin 1944 ?

À l’occasion commémoration du 9 juin 1944, le Petit Argentonnais publie cette semaine plusieurs témoignages d’habitants recueillis après le drame. Retrouvez les sur nos réseaux où sur notre site internet, en libre accès, dès le lundi 8 juin.

Vous avez un souvenir de cette période ? Contactez nous sur lepetitargentonnais@gmail.com.

Photos : Archives du Cercle d’Histoire