,

« Le rire permet d’avancer, même quand tout s’effondre » : Matthieu Nina en spectacle à Argenton-sur-Creuse, ce samedi

De passage à Argenton-sur-Creuse ce samedi 11 avril à 20h30 à l’Avant-Scène, l’humoriste Matthieu Nina livre un spectacle à la fois drôle, touchant et profondément personnel. Victime d’un grave accident dans son enfance, il a choisi de transformer cette épreuve en force. Rencontre.

Vous débarquez à Argenton-sur-Creuse ce week-end. Vous connaissiez la ville ?
Non, pas du tout. Je sais qu’elle se situe dans l’Indre, mais c’est une première pour moi. Ça va être une vraie découverte !

Votre parcours est marqué par un accident très grave à l’âge de 10 ans. Que s’est-il passé ? Je suis tombé d’une échelle et ma tête a heurté un sol en béton. Derrière, il y a eu une erreur médicale : je n’ai pas été pris en charge à temps, j’ai attendu plusieurs heures. Mon état s’est aggravé et, quand les médecins ont compris, il était presque trop tard. À dix minutes près, je pouvais mourir. C’est finalement un neurochirurgien appelé en urgence qui m’a sauvé la vie. 

Comment passe-t-on d’un tel traumatisme à une carrière dans l’humour ?
J’ai toujours été attiré par le milieu de la télévision. Au départ, je pensais y travailler, mais sans réseau, ça me semblait inaccessible. Finalement, à force de rencontres et d’audace, j’ai réussi à mettre un pied dedans. J’ai rencontré Philippe Lelièvre, qui était à l’époque professeur de théâtre de la Star Académy. De là, j’ai rencontré la chef de projet de l’émission, qui m’a ensuite offert un stage sur la première saison de Secret Story.

Photo : Louis Demanet

Et la scène est arrivée un peu plus tard ? Avec un peu de hasard, un peu de culot, un peu de rencontre. J’ai rencontré lors d’une soirée, Helmut Fritz, qui à l’époque chantait le tube, « Ça m’énerve ». On a rigolé une bonne partie d’une soirée ensemble. Il m’a dit, « t’es drôle, faut que t’écrives, monte sur scène. » Et j’ai gardé cette idée dans un coin de ma tête.

« Je crois vraiment que le rire sauve de nombreuses choses. » Matthieu Nina

Avant tout ça, vous traversez des moments difficiles, deux mois dans le coma et un long séjour en centre de rééducation où vous avez voulu… Vous échapper ! Effectivement, ce centre de rééducation, c’était à Saint-Maurice, en banlieue parisienne. J’étais très mal là-bas. Et ma seule envie était vraiment de partir et de m’échapper de cet endroit. Je n’ai pas réussi (rires). Mais vraiment, ça a été une période compliquée.

Vous dites encore aujourd’hui que le rire peut sauver d’à peu près tout. C’est le cas? Alors déjà, mon spectacle, c’est beaucoup d’auto-dérision, beaucoup de rire. Je dirais même avant tout sur moi plus que sur les autres. Je crois vraiment que le rire sauve de nombreuses choses. Quand il nous arrive quelque chose, soit on essaie d’avancer, soit on reste à se morfondre. Faire la gueule, ça n’aide pas à avancer. Autant essayer de prendre les choses comme elles sont, mais en essayant de s’amuser plutôt que d’être renfermé et aigri. 

Votre spectacle et votre humour reposent beaucoup sur l’auto-dérision. Est-ce que c’est venu naturellement ou c’est un peu une manière de vous protéger au départ ? Non. J’ai toujours aimé rire et j’ai toujours aimé l’auto-dérision, l’humour noir, un peu trash. Comme le titre de mon spectacle « En bas de l’échelle ». C’est clairement un clin d’œil à la fois à l’accident et au fait qu’au début, je ne connaissais vraiment personne dans ce milieu. J’étais en bas de l’échelle.

Vous avez un rapport très direct avec le public. Qu’est-ce que vous cherchez à provoquer chez les gens ? Je dirais avant tout le rire, la réflexion aussi. J’ai eu des gens qui m’ont dit qu’ils avaient été émus, qu’ils avaient été touchés, qu’ils avaient compris certaines choses. Mais aussi que le spectacle avait permis de les faire réfléchir. Et qu’il leur a fait évidemment beaucoup rire !

Une réflexion notamment sur l’invisibilisation des personnes handicapées dans l’espace public? Oui. Je trouve que dans les médias, que ce soit à la télévision, au cinéma, dans les séries, dans les journaux, on parle vraiment très très peu, voire jamais de handicap. C’est un peu un sujet qu’on met sur le tapis un peu tabou. Il y a des avancées, il y a eu le film d’Artus, Un petit truc en plus. Mais par rapport à d’autres pays, notamment européens, on est très en retard sur ces questions-là. Si ce spectacle permet d’en parler un petit peu plus et de rendre un petit peu plus visibles les personnes handicapées, mais aussi plus globalement les minorités, j’en suis ravi.

Il y a aussi parfois une peur de « mal rire » face à certains sujets. Est-ce que vous sentez que ça évolue dans le bon sens aussi ? Mon spectacle est parfait pour ça. Parce que justement, on rigole vraiment de tout. Et je dis des choses parfois un peu crues, comme je le disais précédemment. Peut-être que parfois, au début, les gens peuvent se dire « mince, je suis en train de rire de ça et c’est quand même violent ». Mais en fait, moi je crois que l’inclusion, c’est ça aussi. Parce que si on rigole de choses avec des valides et qu’on ne se permet pas de rigoler des mêmes choses avec des invalides, on n’inclut pas les gens. Et donc pour moi, l’inclusion passe vraiment par rire de tout avec tout le monde.

Votre spectacle est plutôt autobiographique. Qu’est-ce que ça change de monter sur scène avec son histoire personnelle, plutôt qu’avec des personnages comme beaucoup le font justement? C’est la forme du stand-up, de parler de sa vie. On se cache moins, on parle vraiment de soi, de sa vie. On fait le choix de se dévoiler un peu plus. On ne peut pas faire preuve de pudeur. Mais moi, c’est vraiment le format que j’avais envie de faire. Je ne suis pas forcément très fan des personnages. Mais il faut le reconnaître, certains humoristes le font très bien.

Vous jouez un petit peu partout en France, régulièrement à Paris et vous venez à Argenton ce samed 11 avril. Qu’est-ce que vous aimez dans ces dates « hors grande ville » ? J’adore parce que ça permet de rencontrer d’autres gens, d’autres paysages, d’autres manières de faire. On se rend compte qu’en fait, la France, c’est ça. Ce n’est pas Paris ou les grandes villes où les gens sont toujours pressés, parfois un peu cons pour ne pas se mentir. Après, je ne vous cache pas : je me suis rarement dit « tiens, et si j’allais en vacances dans l’Indre? ». Peut-être qu’après ce spectacle, quelque chose va se passer. Peut-être que j’aurai envie de m’installer là-bas !

À l’Avant-Scène, à Argenton-sur-Creuse, ce samedi 11 avril à 20h30. Réservez vos places ici.

Crédits photo : Pascal Ito



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *