À travers le regard de différents membres du festival, Le Petit Argentonnais vous emmène dans les coulisses des Intemporel-les avec celles et ceux qui font vivre le festival. Pour ce premier volet, Clément Sapin, directeur artistique et fondateur de l’événement, revient sur les anecdotes les plus marquantes des dernières éditions, les artistes qui l’ont touché, les défis de l’organisation et les valeurs qui font l’ADN des Intemporel-les.
Quelle est l’anecdote la plus incroyable que vous ayez vécue depuis la création des Intemporel-les ?
Clément Sapin : J’en ai deux qui me viennent tout de suite en tête. D’abord, lorsque nous avions invité La Chica. C’est une artiste incroyable, très investie dans ce qu’elle fait. À un moment du concert, sur son célèbre titre Agua, elle a comme invoqué la pluie… et la pluie est réellement arrivée. C’était un instant presque magique. Je garde un souvenir extraordinaire de ce concert et de cette artiste.
L’autre souvenir marquant, c’est l’arrivée de Zaho de Sagazan avec son immense tour-bus. Voir un véhicule de cette taille débarquer dans notre petit festival créait un contraste assez amusant. Au moment où je l’avais programmée, elle n’était pas encore devenue l’artiste reconnue qu’elle est aujourd’hui.
Quel est le plus gros défi auquel vous êtes confronté aujourd’hui ?
Clément Sapin : Le plus grand défi n’est finalement pas en coulisses, il est financier. Chaque année, nous nous demandons si le festival pourra avoir lieu. La conjoncture est difficile, les budgets se réduisent et les collectivités ont elles-mêmes moins de moyens pour soutenir la culture.
Le véritable défi est de réussir à faire vivre les Intemporel-les, édition après édition, tout en gardant l’exigence artistique qui fait notre identité. C’est une pression permanente, et c’est de plus en plus compliqué.
Y a-t-il des artistes qui vous ont particulièrement marqué humainement ?
Clément Sapin : Oui, plusieurs. Je pense encore à La Chica, qui vit profondément sa musique. Elle avait une approche presque spirituelle. Je me souviens qu’elle faisait brûler de l’encens dans sa loge avant de monter sur scène. Cela m’avait beaucoup marqué.
Il y a aussi Zaho de Sagazan, qui est quelqu’un de très simple, très abordable et très gentille.
Et puis Félicien Brut occupe une place particulière. C’est un ami de longue date. Nous avons grandi artistiquement ensemble et, d’une certaine manière, il a co-construit le festival avec moi. C’est un artiste extrêmement important dans mon parcours. Enfin, je pense aussi à Clara Ysé, qui restera liée à l’un des moments les plus forts.
Quel est le moment qui vous a le plus ému depuis la création du festival ?
Clément Sapin : En tant que programmateur, le plus beau moment reste toujours celui où je vois le public profondément attentif et ému. À cet instant-là, je me dis que la mission est accomplie.
Mais il y a un souvenir très personnel. Une très proche amie était gravement malade. Peu avant sa disparition, Clara Ysé, qui était encore peu connue, était venue jouer uniquement pour elle, avec sa guitare, alors qu’elle était alitée. Quand Clara est ensuite venue se produire aux Intemporel-les, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à ce moment. Ce concert a eu une résonance toute particulière pour moi. J’ai fondu en larmes.
Existe-t-il une tradition ou un rituel au sein de l’équipe ?
Clément Sapin : Ce n’est pas vraiment un rituel, mais plutôt un état d’esprit. Un festival est une aventure extrêmement intense. Chacun vit la pression différemment, alors nous faisons très attention les uns aux autres. Il y a beaucoup de bienveillance, de petits gestes, d’attentions, parfois simplement un câlin ou quelques mots d’encouragement. C’est cette solidarité qui nous permet de traverser ces journées très exigeantes dans la bonne humeur.
Si vous pouviez emmener les lecteurs dans les coulisses pendant quelques minutes, que leur montreriez-vous ?
Clément Sapin : Sans hésiter, je leur montrerais les bénévoles. Le public ne se rend pas toujours compte que l’immense majorité des personnes qui font vivre le festival sont des bénévoles. Nous sommes seulement une petite douzaine de professionnels. Voir cette énergie, cet engagement, ces dizaines de personnes qui donnent de leur temps sans compter, c’est impressionnant. Sans eux, rien ne serait possible, on oublie toute cette richesse humaine. Nous avons énormément de chance de pouvoir compter sur eux.
Quel souvenir résume le mieux l’ADN des Intemporel-les ?
Clément Sapin : Je repense souvent à la venue de Zaho de Sagazan. Elle commençait à être très demandée partout en France, mais elle avait adoré retrouver une petite scène où les artistes sont tout près du public. C’est exactement ce qui fait l’ADN des Intemporel-les : cette proximité. Ici, tout semble accessible. Les artistes sont proches des spectateurs et cela crée des moments uniques.
L’autre valeur essentielle, c’est la curiosité. Nous aimons mélanger des artistes qui, sur le papier, n’ont pas forcément de points communs. L’idée est que chacun vienne écouter un artiste qu’il connaît et reparte en ayant découvert quelqu’un d’autre. C’est pour cela que nous parlons des Intemporel-les comme d’un festival de musiques curieuses. C’est cette curiosité qui nous anime depuis le début.



